À Ntoum, le 1er arrondissement a basculé ce samedi 27 septembre 2025 dans une pièce de théâtre où l’urne s’est muée en tambour du désordre. Les élections législatives et locales, censées être un hymne à la démocratie, ont sombré dans un vacarme de contestations, d’entraves et de menaces. Résultat : le scrutin a été purement et simplement annulé, laissant flotter dans l’air un parfum de défaite collective.
Au cœur de la tourmente, l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB) et son chef de file, Éric Aboghe. L’homme, ancien compagnon de route du PDG qu’il voue aujourd’hui aux gémonies, a été pointé du doigt comme l’architecte du chaos. Selon plusieurs témoins, il aurait transformé le scrutin en champ de bataille, épaulé par des responsables de l’Union nationale (UN), de l’Union pour la nouvelle République (UPNR) et même par un candidat indépendant. L’accusation est lourde : ils auraient orchestré une véritable machine à désorganiser.
Tout aurait débuté la veille, vendredi 26 septembre, quand Éric Aboghe et ses colistiers se sont invités bruyamment dans les locaux de la Commission électorale. Ils y ont surpris les agents en plein travail, sélectionnant urnes et bulletins. Mais au lieu d’y voir la simple logistique du lendemain, ils ont crié au loup, accusant la commission de préparer une mascarade électorale. Le tumulte s’est alors mué en un interminable concert de cris, empêchant toute sérénité et transformant la nuit en carnaval de suspicion.
Comme une houle incontrôlable, le désordre s’est étendu jusqu’aux bureaux de vote. À l’école catholique Saint-Thomas ou encore à Khan, le scrutin n’a pu débuter qu’à 14 heures, retardé par des groupes de jeunes décrits comme « instrumentalisés », dressés tels des remparts vivants pour empêcher les électeurs d’accéder aux urnes. L’élection, qui devait être un fleuve tranquille, est devenue un torrent boueux où chacun s’accusait d’y avoir jeté ses ordures.

Les griefs se sont multipliés. L’UDB dénonçait le choix des scrutateurs, accusant la commission de privilégier le PDG. Pourtant, la loi est claire : chaque parti n’a droit qu’à des représentants dans les bureaux, non à des scrutateurs attitrés. Cette méconnaissance volontaire fut brandie comme un étendard, mais ressemblait davantage à une vieille manie héritée d’un passé PDGiste qu’à une réelle exigence de transparence.
À Meyang, la querelle s’est déplacée sur le nombre de bureaux de vote, resté identique depuis la présidentielle de 2023, le référendum de 2024 et la présidentielle d’avril 2025. Là encore, l’argument sonnait comme un faux-semblant, une tentative de brouiller les cartes. Dans le tumulte, certains sont allés jusqu’à insulter la ministre d’État, l’accusant de fomenter la tricherie, mais sans apporter l’ombre d’une preuve. Les mots se firent projectiles, les insultes, pierres lancées contre l’autorité.
La rumeur enfla sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre. L’urne devenait champ de bataille numérique, où chacun déversait son fiel. Devant cette cacophonie, les autorités tranchèrent : annulation du scrutin et renvoi à samedi prochain. Certains réclament déjà la délocalisation des bureaux, d’autres exigent une présence accrue des forces de sécurité, comme si seule la matraque pouvait ramener la paix dans cette arène de désordres.
Au moment de notre départ de Ntoum, les candidats avaient été convoqués à la salle polyvalente. Peut-être pour s’expliquer, peut-être pour s’accuser davantage. À Ntoum, la démocratie ressemble désormais à une partie de cartes où chacun mélange le jeu en pleine partie, transformant l’urne en un tonneau des Danaïdes où se perdent les espoirs des électeurs.










































