Le dernier rapport de la direction générale de l’Économie et de la politique fiscale (DGEPF) sur l’évolution du mobile money au Gabon met en évidence un bouleversement profond dans les pratiques financières du pays. En 2024, les transactions effectuées via Moov Money et Airtel money ont franchi le seuil historique de 4 087 milliards de FCFA, contre 3 487 milliards en 2023, soit une croissance annuelle de 17,2 %. Ce n’est plus un simple moyen de paiement alternatif : le mobile money s’affirme désormais comme un pilier du système financier national.
Avec 368,3 millions d’opérations en 2024 (contre 317 millions en 2023), le mobile money participe à une fluidification remarquable des échanges économiques. La hausse simultanée du volume (+16,2 %) et de la valeur des transactions illustre un phénomène de confiance : les ménages et les entreprises n’hésitent plus à effectuer des opérations de montants élevés via téléphone portable.
Les dépôts, en hausse de 17,2 % pour un total de 1 669 milliards de FCFA, et les retraits, en progression de 12,9 % atteignant 1 219 milliards de FCFA, traduisent un double mouvement : l’épargne transitoire via mobile money et son utilisation immédiate comme instrument de liquidité.
La montée en puissance des transferts nationaux (+18,8 % en valeur) montre que le mobile money dépasse le simple rôle de porte-monnaie électronique : il devient un réseau d’échanges décentralisé. Plus frappant encore, les transferts internationaux au sein de la zone cemac connaissent une envolée spectaculaire : +53,8 % en valeur et +88,8 % en volume. Cette dynamique découle de la baisse des coûts de transfert et de la sécurisation accrue des plateformes, deux leviers qui renforcent l’intégration monétaire régionale.
Le paiement de biens et services via mobile money, en croissance de 15 % en valeur pour atteindre 291 milliards de FCFA, traduit la pénétration progressive du numérique dans la consommation courante. Pour un pays où l’accès bancaire reste limité, ce canal réduit la dépendance au cash, formalise les échanges et améliore la traçabilité des flux financiers.
À court terme, ce dynamisme favorise la mobilisation des ressources fiscales : chaque transaction dématérialisée laisse une empreinte comptable qui peut être intégrée aux politiques publiques. À moyen terme, le mobile money agit comme un amortisseur macroéconomique, en stabilisant la masse monétaire circulante et en soutenant l’activité même dans les zones éloignées des services bancaires traditionnels.
Cependant, cette croissance fulgurante appelle une gouvernance renforcée. La banque des états de l’afrique centrale (BEAC) devra accompagner l’expansion du secteur par une régulation proactive : encadrement des commissions, interopérabilité entre opérateurs, contrôle des risques liés au blanchiment et au financement illicite.
Le mobile money au Gabon n’est plus une innovation périphérique : il constitue un instrument stratégique de politique économique et sociale. Sa progression, si elle s’accompagne d’une régulation adaptée, pourrait accélérer l’inclusion financière, stimuler la croissance et améliorer la compétitivité du pays dans la zone cemac.
Par Darlyck Ornel Angwe


























