C’est une opération minutieusement préparée qui a permis à la Direction générale des services secrets (DGSS) de mettre un terme aux agissements d’un réseau de trafic de stupéfiants aussi inattendu qu’insidieux. Au cœur de ce coup de filet spectaculaire : un homme présenté comme pasteur, arrêté en flagrant délit alors qu’il participait activement à une transaction de chanvre indien, aux côtés de plusieurs complices. Montant estimé de la marchandise saisie : plus de 80 millions de francs CFA.
L’homme, bien connu dans son quartier pour ses prêches dominicaux et ses longues prières enflammées, menait en réalité une double vie. Selon les premiers éléments de l’enquête, il aurait été sollicité par un certain Moussavou, décrit comme l’un des cerveaux du réseau. Dans un aveu froid et sans détour, le prétendu pasteur a confié aux enquêteurs :
« Moussavou m’a appelé pour me dire de chercher celui qui peut lui vendre le chanvre indien. Je lui ai dit que ça fait longtemps que je ne fais plus ça et je lui ai dit que je vais chercher pour lui des gens pour le faire. »
Cette déclaration lève le voile sur une pratique bien plus ancienne que ne le laisse penser son apparente reconversion. L’homme de Dieu aurait simplement “repris du service”, mettant à profit ses contacts d’antan pour alimenter une filière de revente soigneusement structurée.
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Cette affaire soulève des interrogations profondes sur la porosité entre les sphères religieuses et les activités illicites. Dans un pays où le tissu religieux joue un rôle social déterminant, le détournement d’un ministère spirituel à des fins criminelles interpelle.
Sous couvert d’un ministère évangélique, l’homme mis en cause organisait des rencontres à l’abri des regards, utilisant les locaux de son église comme lieu d’échanges et de négociations du chanvre indien. Une stratégie bien pensée pour éloigner les soupçons des forces de l’ordre, mais qui n’aura pas échappé aux fins limiers de la DGSS.
« Cette arrestation démontre l’efficacité de nos dispositifs de surveillance, mais aussi l’évolution des méthodes employées par les trafiquants, qui n’hésitent plus à infiltrer des structures sociales ou religieuses pour masquer leurs opérations », a confié une source proche de l’enquête, sous couvert d’anonymat.
Selon nos informations, plusieurs autres personnes ont été interpellées dans le cadre de cette affaire. L’enquête, toujours en cours, vise à identifier l’ensemble des acteurs impliqués dans la chaîne logistique de ce trafic, du fournisseur jusqu’aux distributeurs en passant par les intermédiaires.
Les enquêteurs s’intéressent tout particulièrement à l’identité de Moussavou, présenté comme le commanditaire principal. Des investigations sont également en cours pour déterminer si le réseau opérait uniquement à Libreville ou s’il s’étendait à d’autres villes du pays, voire à l’international.
Au-delà des faits, ce scandale met en lumière une crise de confiance plus profonde. Alors que de nombreux fidèles cherchent dans la religion un refuge contre la précarité et l’instabilité, certains faux pasteurs exploitent cette soif de spiritualité à des fins personnelles.
Face à la prolifération des églises dites “de réveil”, souvent non régulées, cette affaire ravive le débat sur la nécessité d’un encadrement plus strict des activités religieuses. Plusieurs voix s’élèvent déjà pour demander un audit national des ministères religieux et une vérification rigoureuse des antécédents des leaders spirituels.
Ce coup de filet s’inscrit dans une dynamique plus large de lutte contre les réseaux de stupéfiants, renforcée depuis le début de l’année 2025. Plusieurs opérations ont permis de démanteler des filières transfrontalières, souvent liées à d’autres formes de criminalité organisée.
Le service des renseignements gabonais assure vouloir maintenir une veille active, en partenariat avec les forces de sécurité intérieure et les services douaniers.
Derrière cette arrestation spectaculaire, c’est une alerte lancée à toute la société : la foi, sans vigilance, peut être détournée par les faussaires. Le respect dû aux figures religieuses ne saurait exonérer ces dernières de toute redevabilité devant la loi. L’église, lieu de salut pour les âmes, ne saurait devenir un sanctuaire pour les trafics.
La foi authentique élève. Le mensonge, lui, ne connaît que la chute.
Par Darlyck Ornel Angwe































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