Dans un Grand Libreville englué dans la touffeur nocturne et les ténèbres électriques, les délestages reviennent hanter les foyers comme un spectre familier. Après une brève accalmie, la lumière vacille à nouveau, laissant place à l’obscurité pesante, cette compagne forcée des nuits sans sommeil. La Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), fidèle à son mutisme coutumier, ponctue cette descente dans l’inconfort de communiqués évasifs, promesses creuses évanouies avant même le lever du jour.
Chaque nuit, les quartiers de la capitale s’effacent lentement sous le voile noir d’interruptions prolongées. De minuit jusqu’aux premières heures du matin, Libreville devient une cité fantôme, silencieuse, suffocante, où le ronron des climatiseurs a cédé la place aux soupirs résignés des habitants. Dans cette obscurité complice des moustiques et de la chaleur étouffante, les ménages luttent. Impossible de repasser une chemise, de conserver les aliments, de travailler, de dormir, ou simplement de vivre avec dignité.
À ces ombres s’ajoute une sécheresse artificielle : les robinets se taisent, l’eau ne coule plus. Les visages se ferment, les corps restent prisonniers de leur sueur. C’est une double peine infligée à une population déjà fragilisée par les incertitudes économiques.
Ironie du sort, ces coupures surviennent quelques jours seulement après l’annonce de la fin de l’administration provisoire à la tête de la SEEG, dans un contexte de transition politique censée être synonyme de renouveau. Mais à mesure que l’électricité disparaît, c’est l’espoir lui-même qui vacille, battu en brèche par une réalité tenace.
L’obscurité qui enveloppe le Grand Libreville n’est pas que physique ; elle est aussi institutionnelle. Elle révèle l’incapacité chronique d’un système à répondre aux besoins essentiels de la population. Et tant que cette lumière ne sera pas restaurée — durablement, avec sérieux et transparence — les Gabonais continueront de vivre dans une pénombre symbolique, victimes d’une défaillance qui dépasse les simples câbles électriques.
L’urgence d’une solution structurelle s’impose, car les délestages dans Libreville ne sont plus de simples interruptions : ils sont devenus le visage d’un malaise national, où chaque coupure prolonge l’ombre sur le chemin du progrès.


























