Le dimanche 9 mars 2025, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hermann Immongault, a levé le voile sur la liste des quatre candidats officiellement en lice pour l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Un carré d’as politique s’apprête à croiser le fer dans une arène où chaque geste comptera. Après une transition menée d’une main de fer par les militaires, ces candidats incarnent autant de visions d’un Gabon en quête de renouveau. Qui de Joseph Lapensée Essingone, Stéphane Iloko Boussiengui, Alain Claude Bilie-By-Nze ou du général Brice Clotaire Oligui Nguema parviendra à conquérir le Graal suprême du pouvoir ?
Joseph Lapensée Essingone : Le Candidat de l’Exil
Natif de Ndjolé, Joseph Lapensée Essingone a fait son entrée dans l’arène présidentielle par le biais d’une vidéo captée en pleine rue londonienne. Une déclaration d’intention audacieuse, teintée d’un brin de dramaturgie, où il proclame son ambition de redonner au Gabon sa dignité et sa prospérité, après le passage des militaires appelés à « regagner les casernes ».
Héraut autoproclamé de la rupture, il promet d’enterrer définitivement les pratiques du régime Bongo-PDG. Toutefois, sa voix, résonnant depuis la diaspora, peine à atteindre l’électorat local, lui qui est encore un visage méconnu du grand public. Face à des adversaires solidement implantés sur le territoire national, son principal défi sera de s’imposer comme une alternative crédible dans un pays où la proximité avec les électeurs demeure une clé essentielle du succès.
Stéphane Iloko Boussiengui : L’Homme aux scissions successives
Ancien porte-parole du PDG, Stéphane Iloko Boussiengui est un habitué des joutes politiques. Sa trajectoire chaotique, ponctuée de ruptures spectaculaires, rappelle celle d’un gladiateur prêt à trancher dans le vif dès qu’un désaccord survient. D’abord fidèle au parti d’Ali Bongo, il s’en détache lorsque les lignes idéologiques du PDG ne coïncident plus avec ses propres convictions. Rejoignant ensuite la plateforme Ensemble pour le Gabon, dirigée par Alain Claude Bilie-By-Nze, il finit par claquer la porte après un scandale financier qui le pousse à accuser son leader de détournement.
Son parcours mouvementé pourrait être à double tranchant : d’un côté, il incarne un électron libre insaisissable ; de l’autre, il souffre d’un manque de base électorale solide, faute d’avoir réellement quadrillé le terrain. Pour espérer renverser la vapeur de cette presidentielle 2025 où il est l’un des quatre rares candidats retenus, il devra mener une campagne éclair et rallier à sa cause un électorat encore hésitant.
Alain Claude Bilie-By-Nze : L’orateur expérimenté au passé encombrant
Considéré comme l’un des poids lourds de cette élection, Alain Claude Bilie-By-Nze bénéficie d’une stature politique forgée par des années passées aux plus hautes sphères du pouvoir. Ancien porte-parole de la présidence, ministre à plusieurs reprises, dernier Premier ministre du régime déchu, il connaît les rouages du système comme personne.
Or, son ombre demeure ternie par son rôle dans les événements post-électoraux de 2016, lorsqu’il s’était érigé en rempart du pouvoir face aux accusations de fraudes et de violences meurtrières. Cette page sombre de son parcours pourrait être un fardeau difficile à alléger. Toutefois, son art de la rhétorique et sa fine connaissance des dynamiques politiques pourraient faire de lui un sérieux prétendant au fauteuil présidentiel.
Brice Clotaire Oligui Nguema : L’exécutant de la Transition
Homme fort du coup d’État d’août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema s’avance vers cette élection avec l’aura du chef militaire qui a renversé Ali Bongo. Président de la transition, il a su tisser un réseau d’alliances stratégiques, bénéficiant du soutien de plusieurs formations politiques et d’une pléiade de mouvements associatifs acquis à sa cause.
Sous son règne, des réformes d’envergure ont vu le jour : rachat d’Assala Energy pour renforcer l’indépendance énergétique du pays, création de Fly Gabon en remplacement d’Air Gabon, stabilisation des pensions de retraite et projets d’infrastructures scolaires ambitieux. Cette dynamique réformatrice lui confère une longueur d’avance sur ses adversaires, mais suffira-t-elle à convaincre que la transition militaire peut légitimement s’inscrire dans la durée démocratique ?
Une bataille sur tous les fronts
À l’aube de cette campagne présidentielle 2025 qui débutera le 29 mars, les quatre candidats affûtent leurs armes. Outre le terrain, les médias seront l’autre champ de bataille où chaque prise de parole sera scrutée à la loupe. Si les discours promettent déjà des passes d’armes mémorables, seul le verdict des urnes tranchera ce duel féroce. À qui reviendra le sceptre du pouvoir ? Le combat est lancé.


























