Sous le Parti démocratique gabonais (PDG), le Gabon a traversé une période de gouvernance exclusive de 1968 à 1990. Cette absence d’alternance a transformé le pays en un véritable État-parti, où le pouvoir était concentré entre les mains du PDG, marquant profondément l’histoire politique du Gabon. Le pasteur César Boutimba dans une tribune libre fait une analyse de cette période.
Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes,
Il est étonnant de voir avec quelle habileté certains pédégistes tentent aujourd’hui de réécrire l’histoire politique du Gabon. À les entendre le PDG n’aurait jamais gouverné seul mais aurait partagé le pouvoir avec des forces mystérieuses et invisibles. Cette révision de l’histoire rappelle les tentatives vaines et absurdes d’effacer des taches d’encre avec de l’eau. C’est comme si dans un spectacle de marionnettes, les marionnettistes voulaient nous convaincre que les poupées en bois se meuvent d’elles-mêmes sans les fils qui les contrôlent. Cet exercice de négationnisme est à la fois comique et tragique, digne d’une farce où les acteurs prétendent que les événements n’ont jamais eu lieu.
Le Parti-État : Le PDG de 1968 à 1990
De 1968 à 1990 le Gabon a été gouverné sans partage par le Parti Démocratique Gabonais (PDG), transformé en un véritable Parti-État. La période de monopartisme a vu le PDG devenir l’unique maître à bord, exerçant une domination totale sur tous les aspects de la vie nationale. Pour comprendre cette réalité, il est essentiel de se pencher sur le fonctionnement interne d’un régime de parti unique et sur la manière dont le PDG a pris le contrôle de chaque secteur de la société gabonaise.
1. Le Contrôle Politique: L’État et le Parti Indissociables
Sous un régime de parti unique la distinction entre l’État et le parti s’efface complètement. Le PDG dirigé par Omar Bongo, s’était assuré que chaque recoin de l’appareil d’État était infiltré par ses membres fidèles.
a. L’Exécutif et le Législatif
Tous les postes clés au sein du gouvernement étaient occupés par des membres du PDG. Les ministres, les gouverneurs et les hauts fonctionnaires étaient sélectionnés sur la base de leur loyauté au parti et non de leurs compétences. Le Parlement composé exclusivement de membres du PDG n’était qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises par le comité central du parti. Les élections quand elles avaient lieu n’étaient que des simulacres destinés à légitimer un pouvoir déjà acquis.
b. Le Pouvoir Judiciaire
Le système judiciaire n’échappait pas non plus à l’emprise du PDG. Les juges et les magistrats étaient nommés en fonction de leur allégeance au parti. La justice était ainsi instrumentalisée pour servir les intérêts du PDG, réprimant toute forme de dissidence et assurant l’impunité des membres du parti.
c. La Surveillance et la répression
Le maintien du pouvoir du PDG reposait également sur un appareil de sécurité omniprésent. La police, la gendarmerie et les services de renseignement étaient utilisés pour surveiller et réprimer toute opposition. Les arrestations arbitraires, les détentions sans procès et les actes de torture étaient monnaie courante. Les médias strictement contrôlés diffusaient la propagande du parti et faisaient taire les voix discordantes.
2. Mainmise sur l’économie et les ressources
Le PDG ne se contentait pas de contrôler l’appareil d’État, il exerçait également une mainmise sur l’économie, exploitant les ressources du pays pour consolider son pouvoir.
a. Nationalisation et contrôle des entreprises
Les grandes entreprises notamment dans les secteurs pétrolier et minier étaient nationalisées ou placées sous la surveillance étroite de l’État. Les dirigeants de ces entreprises étaient des membres de confiance du PDG, s’assurant que les richesses générées servent principalement à renforcer le régime. Les investissements et les contrats d’exploitation étaient accordés à des entreprises étrangères en échange de soutiens politiques et financiers.
b. Monopole sur les ressources
Les ressources naturelles du Gabon, telles que le pétrole, le bois et les minerais étaient exploitées sous l’autorité du PDG. Les revenus générés par ces exploitations étaient détournés pour enrichir l’élite politique, laissant la majorité de la population dans la pauvreté.
3. Domination sociale et culturelle
La mainmise du PDG s’étendait au-delà des sphères politique et économique. Le parti exerçait également un contrôle rigoureux sur les aspects sociaux et culturels de la vie gabonaise.
a. L’Éducation et la propagande
Le système éducatif était un outil de propagande. Les programmes scolaires étaient conçus pour inculquer l’idéologie du PDG et assurer la loyauté des jeunes générations. Les enseignants et les administrateurs scolaires étaient souvent des membres du parti, garantissant la diffusion de la doctrine officielle.
b. Les Organisations sociales
Toutes les organisations sociales, des syndicats aux associations culturelles, étaient soit directement contrôlées par le PDG, soit étroitement surveillées. Toute tentative d’organisation indépendante était réprimée. Les organisations de masse telles que les associations de jeunesse ou de femmes servaient principalement à mobiliser le soutien pour le PDG et à encadrer la population.
Conclusion
De 1968 à 1990 le Parti Démocratique Gabonais a exercé un contrôle total sur le Gabon, transformant le pays en un État-parti où toutes les sphères de la vie publique et privée étaient dominées par le parti unique. Nier cette réalité historique est non seulement absurde mais aussi dangereux, car cela revient à ignorer les mécanismes par lesquels le PDG a consolidé son pouvoir et étouffé toute forme d’opposition.
Philippe César Boutimba Dietha


























