Dans une tribune libre, le pasteur Philippe César Boutimba Dietha partage ce qu’il pense à travers une analyse le déluge des candidats présidentiels déclarés pour l’élection de 2023 au nom des esprits ( « Dieu », le destin, les ancêtres, les marabouts etc..). Lecture !
Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes,
Aujourd’hui dans notre pays, il y a probablement 1000 compatriotes convaincus que leur destin consiste à devenir présidents de la République Gabonaise. Certains le disent à haute voix, la plupart préfèrent le garder au fond du cœur mais ça revient au même.
Je connais un homme politique aujourd’hui décédé qui chaque jour en toute discrétion, faisait des incantations avec cette phrase: « Je serai président de la République Gabonaise ». Il créa un partie politique et fut élu député à l’assemblée nationale. Le mandat suivant il fut battu et ne récupéra jamais son écharpe. Sur le plan national, son parti n’a jamais convaincu grand monde et il n’a jamais eu les moyens de se présenter à la présidentielle.
Aujourd’hui d’autres concitoyens font le même type d’invocations que lui, avec la certitude que le fauteuil présidentiel est à leur égard la volonté des esprits.
Malheureusement l’accomplissement de ces prédictions se heurte à plusieurs difficultés qu’ils devraient résoudre avant de réaliser leur destin.
1. La première difficulté c’est l’ignorance totale des populations. Aucun gabonais ne sait qui dans ce pays a entendu la voix des esprits sur sa propre destinée présidentielle. Donc il faut que le gouvernement gabonais recense tous ces prédestinés, et que chacun se présente avec son voyant pour que tout le peuple gabonais les écoute à tour de rôle. Mais attention, personne ne devra battre campagne, il faudra seulement raconter tout ce que les esprits ont dit. À la fin, tous les électeurs gabonais devront à leur tour capter audiblement les mêmes voix dans leurs propres oreilles.
Dès que tout le corps électoral aura entendu les mêmes voix que les mille candidats, ensemble nous irons directement voter le prochain président de la République.
Si nous n’entendons aucune révélation claire, ça veut dire que leurs déclarations ne nous concernent pas. Donc nous ne devons pas voter pour eux.
2. La deuxième difficulté c’est l’espérance de vie. Vu qu’un mandat présidentiel dure sept ans au Gabon, il faudrait minimum sept mille ans pour que tous les mille prédestinés se succèdent sur le fauteuil suprême. Et c’est là une énorme difficulté. Exister sur terre pendant 7000 ans est peut-être possible pour certaines espèces d’arbres, malheureusement nos 1000 gabonais ne sont pas des arbres.
En 2122 c’est-à-dire dans un siècle, la plupart de ces gens-là auront quitté ce monde sans avoir accompli leurs révélations. Pendant ce temps il y aura 15 mandats de 7 ans, donc seulement 15 gabonais sur 1000 seront concernés par la compétition. Par conséquent les 985 restants devraient renoncer dès maintenant à leurs projets, et se focaliser sur autre chose.
3. La troisième difficulté c’est que chaque prédestiné parvenu au pouvoir devra accepter de faire un seul mandat de 7 ans, pour que les 14 autres prédestinés accomplissent aussi leurs prophéties respectives. Si un seul élu décidait de s’éterniser au pouvoir, plusieurs prophéties deviendraient parfaitement caduques.
Mais nous savons tous qu’il est impossible de faire confiance à un gabonais quand il s’agit de quitter le pouvoir.
Dans nos associations, syndicats et fédérations sportives, les candidats commencent toujours vertueux et finissent généralement dictateurs. Nous voyons aussi dans les réformes constitutionnelles depuis 60 ans, comment des ministres et des parlementaires ont organisé ensemble des complots contre l’alternance, pour leurs propres intérêts auprès du souverain.
En l’état nos 15 prédestinés ne pourront jamais accomplir leurs prédictions. Sauf si une modification constitutionnelle vient limiter la fonction présidentielle à un seul mandat de 7 ans, et que personne ne revienne ensuite retoucher cette disposition.
4. Si malgré toutes ces dispositions, aucun des concitoyens prédestinés ne devient président de la République, peut-être que les esprits ne leur avaient jamais parlé du fauteuil suprême. Peut-être même qu’il n’y avait jamais eu d’esprit. Peut-être que c’était seulement votre propre cœur qui vous encourageait à gouverner le Gabon à travers quelque chose: le maraîcher, le vivrier, la pisciculture, les produits d’importation, la restauration, le théâtre, les médias ou les transports. Et pourquoi pas?
Libreville, le 11 juillet 2022
Philippe César Boutimba Dietha











































