La Banque mondiale dresse un bilan sévère de la commande publique au Gabon. Elle l’a publié le 29 septembre 2026 dans sa dernière revue des Finances publiques. L’institution a examiné plus de 2 000 contrats. Elle met en lumière un système où le gré à gré domine. Elle relève aussi une concentration des bénéficiaires et une planification budgétaire hasardeuse. Cette analyse porte sur une période de plus de cinq ans.
Entre février 2020 et août 2025, les 2 273 contrats analysés pèsent 3 500 milliards de FCFA. Cette somme représente environ 4,4 % du PIB du pays sur la période. Le secteur des travaux publics absorbe à lui seul 45 % de cette manne. Ensuite, les fournitures concentrent 36 % des marchés. Les prestations intellectuelles en concentrent 10 %. Par calcul, les travaux publics pèsent donc environ 1 575 milliards de FCFA. Les prestations intellectuelles totalisent environ 350 milliards de FCFA.
Le gré à gré, une exception devenue la norme
En 2024, l’entente directe domine l’attribution des marchés publics. Elle représente 90 % de leur valeur, sans aucun appel d’offres. Cette part écrasante illustre une pratique qui devient la règle. Autrement dit, l’essentiel de l’argent public échappe à la compétition. Un appel d’offres permet pourtant de comparer plusieurs propositions. Le gré à gré devrait rester un recours limité.
Le rapport révèle aussi qu’une seule société a capté 519 milliards de FCFA. La Banque mondiale l’anonymise sous le nom d’« Entreprise X ». Elle y est parvenue à travers seulement cinq marchés. Dans son sillage, une « Entreprise Y » a raflé près de 69 milliards de FCFA. Elle l’a fait via neuf contrats. Huit d’entre eux ne comportaient aucune mise en concurrence. Cette société représente à elle seule près de 15 % de la valeur analysée. Elle a obtenu en moyenne environ 104 milliards de FCFA par marché signé.
Une gestion chaotique du calendrier des dépenses
Au-delà de cette distribution d’argent, la Banque mondiale pointe une gestion chaotique du calendrier. Les attributions de marchés enregistrent des pics systématiques entre septembre et décembre. Cette frénésie de fin d’exercice budgétaire trahit de sérieuses difficultés de planification, selon l’institution. Ce rythme contraste avec une dépense régulière tout au long de l’exercice. L’institution y voit un signal de faiblesse dans la préparation budgétaire. Les quatre derniers mois de l’année concentrent donc les signatures. Une bonne planification répartirait les marchés sur douze mois. Les pics de fin d’année compliquent aussi le contrôle des dépenses.
Un système opaque prospère aussi dans un cadre juridique inachevé. À la mi-2026, la Banque mondiale juge quatre textes indispensables pour assainir les marchés publics nationaux. Les rédacteurs n’en ont écrit que deux. Sans les autres, le cadre reste incomplet. La moitié seulement du dispositif prévu existe donc sur le papier. Ainsi, cette lacune nourrit l’opacité dénoncée par l’institution.
Une concentration qui interroge la concurrence
Ces constats interrogent la transparence de la dépense publique. En effet, le gré à gré limite la concurrence entre les entreprises. La concentration des contrats profite à quelques sociétés seulement. Une planification plus rigoureuse pourrait réduire ces pics de fin d’année. Les entreprises exclues de ces marchés n’ont aucune chance de concourir. Les citoyens attendent une gestion claire des deniers publics. Les entreprises attendent des règles identiques. Le calcul des montants confirme cette concentration.
Deux sociétés se partagent ainsi environ 588 milliards de FCFA. Elles totalisent quatorze contrats seulement, sur 2 273 analysés. De plus, cela représente moins de 1 % du nombre de contrats. Pourtant, elles captent près de 17 % de la valeur totale. Les chiffres de la Banque mondiale appellent donc une lecture attentive. Ils montrent un système où quelques acteurs captent une part considérable. Chaque contrat attribué sans concurrence réduit la transparence. Finaliser les deux textes manquants apparaît donc comme une priorité.












































