L’intitulé de la session, « L’accès aux soins et au médicament : une urgence sociale », annonçait l’ampleur du chantier. Pendant près d’un mois, conseillers, experts et opérateurs ont défilé pour dresser un état des lieux sans complaisance. Dès lors, le constat est implacable. La santé coûte cher, mais l’absence d’investissement coûte encore plus cher à la nation. En outre, les auditions ont mis à nu des failles.
Un budget très loin des 15% d’Abuja
Le premier angle mort est budgétaire. Le Gabon, signataire de la déclaration d’Abuja, s’était engagé à consacrer 15% de son budget national à la santé. Nous en sommes loin. En effet, le budget reste largement inférieur à ce seuil. Par ailleurs, le taux d’exécution plafonne à 10%. Ce chiffre inquiète, car il traduit un engagement resté sur le papier, sans effet réel pour les patients.
Plus grave encore, le CESEC révèle que les engagements budgétaires atteignent 95%. Pourtant, le Trésor public n’en exécute réellement qu’environ 10%. Ce décalage abyssal explique les plateaux techniques incomplets, les pénuries de personnel et les retards de maintenance. Il explique aussi l’incapacité chronique à moderniser les infrastructures hospitalières. Le problème n’est donc pas seulement la planification : c’est la libération effective des fonds publics déjà promis.
Souveraineté pharmaceutique : produire localement pour sécuriser les stocks
Le second angle mort touche à la souveraineté pharmaceutique. Les ruptures de médicaments ne relèvent pas du hasard. Elles viennent d’un manque de coordination entre les acteurs. Le CESEC propose une mesure structurante. Il veut créer une synergie entre l’usine pharmaceutique de Nkok, l’Office Pharmaceutique National et l’Agence du Médicament. De plus, il encourage aussi l’entrée rapide de l’État au capital de l’usine de Nkok.
L’objectif est clair. Il s’agit de produire localement et de sécuriser les stocks. Ainsi, le pays réduirait sa dépendance aux importations. Par ailleurs, il renforcerait la résilience sanitaire nationale. Sans production nationale, chaque rupture de stock frappe d’abord les malades les plus fragiles. Enfin, la coordination des acteurs devient la clé. Elle garantit des médicaments disponibles partout sur le territoire, y compris dans les provinces.
Alléger le reste à charge : la santé, un investissement stratégique
Enfin, le CESEC demande l’allègement du reste à charge pour les plus vulnérables. Il pose ainsi une question politique fondamentale : à quoi sert la croissance si elle ne finance pas la vie ? Derrière cette interrogation se dessine un enjeu majeur. La santé n’est pas un coût, mais un investissement stratégique. Cette vision change radicalement la façon de lire le budget de l’État et ses priorités.
Et tant que le budget restera théorique, le Gabon continuera de payer le prix social. Tant que l’exécution restera marginale, la situation ne changera pas. Une politique sanitaire sous-financée fragilise les hôpitaux, les personnels et les patients. Par conséquent, les autorités doivent libérer les fonds, soutenir la production locale et protéger les plus vulnérables. Seul cet effort garantira la stabilité sociale du pays tout entier.












































