Un nouvel officier chinois vient d’arriver à Libreville. Le colonel supérieur Zhang Song occupe désormais le poste d’attaché de défense. Cette nomination, actée fin juillet, s’inscrit toutefois dans un partenariat militaire plus ancien. Derrière elle se cache un dossier sensible : l’hypothèse d’une base navale chinoise à Port-Gentil. Ce projet, confirmé publiquement par le chef de l’État, reste néanmoins en discussion.
Les archives diplomatiques gabonaises remontent loin. Dès 1996, une convention prévoyait un don chinois d’1,5 million de dollars pour équiper l’armée locale. En 2012, un nouveau protocole officialisait une aide militaire similaire. Puis, en 2016, l’ambassadeur chinois évoquait l’arrivée future d’un attaché militaire. Il annonçait aussi du matériel destiné aux forces gabonaises. Des bourses d’études furent également promises à cette période.
Un tournant décisif intervenu en 2023
Tout change véritablement en avril 2023. Lors d’une visite d’État en Chine, Libreville et Pékin signent une déclaration commune ambitieuse. Le texte prévoit une formation militaire renforcée. Il inclut la lutte contre la criminalité transfrontalière et des échanges d’équipements. Trois mois après, un navire chinois accostait à Owendo. Les marines échangèrent alors sur l’antiterrorisme et la piraterie maritime. Des techniciens chinois participèrent même à l’entretien de bâtiments gabonais.
Port-Gentil, l’enjeu le plus délicat
Le dossier Port-Gentil concentre pourtant l’essentiel des interrogations. Selon un rapport sénatorial français publié en janvier 2025, un accord existait avant même le putsch d’août 2023. Ce document évoque des casernes communes, un centre antipiraterie et un site d’entraînement au combat forestier. Cependant, rien ne prouve aujourd’hui que ces structures soient réellement achevées. En avril 2025, le président Oligui Nguema confirmait néanmoins avoir rediscuté du sujet avec Xi Jinping. Il déclarait alors : « la discussion reste toujours ouverte ». Il ajoutait que le Gabon n’avait « pour l’instant » pas besoin d’une base. Il préférait financer les routes, les hôpitaux et les écoles.
Norinco et la diversification militaire
Sur le terrain, la coopération demeure très concrète. En août 2024, l’armée gabonaise réceptionnait 149 véhicules blindés, ambulances et engins de transport, accompagnés de deux hélicoptères. Le groupe étatique Norinco fut ensuite reçu à la présidence en juin 2025. D’après la communication officielle, ces échanges visaient un renforcement sécuritaire. Néanmoins, Libreville insiste sur une diversification de ses alliances militaires. Le Gabon continue de coopérer avec d’autres partenaires internationaux.
Une présence chinoise déjà consolidée
Ainsi, l’arrivée de Zhang Song ne surgit pas de nulle part. Elle prolonge des années d’accords, de formations et d’échanges navals répétés. La grande inconnue demeure toujours l’avenir précis de Port-Gentil. Le président a laissé la porte entrouverte à Pékin. Affirmer qu’une base chinoise serait déjà actée irait donc trop loin. Mais la considérer comme définitivement écartée serait excessif aujourd’hui.



































