Partout en Afrique, élargir la base fiscale sans étouffer les contribuables reste un défi majeur. La Gambie, elle, a choisi une autre voie : la numérisation de son administration fiscale. Cette stratégie ressemble à un pari audacieux, mais les premiers résultats parlent d’eux-mêmes. Ainsi, le gouvernement affiche une performance qui attire déjà l’attention des bailleurs internationaux. Dans plusieurs pays voisins, le taux de pression fiscale reste historiquement bas, autour de 15 % du PIB.
Le ministre des Finances, Seedy Keita, a dévoilé des chiffres spectaculaires. Les recettes fiscales sont passées de 11 milliards de dalasis, soit environ 149,7 millions de dollars, en 2022. Elles atteignent désormais 25 milliards de dalasis, environ 340,3 millions de dollars, en 2025. Cela représente une progression de 127 % en seulement trois ans. Comme une marée montante, ces recettes gonflent sans nouvelle vague de taxes. Ce bond représente près du double des recettes perçues trois ans plus tôt. Ce résultat dépasse les attentes initiales du gouvernement.
Une palette de réformes technologiques sans nouvelles taxes
Selon le ministre, cette envolée ne vient pas d’une pression fiscale accrue. Elle résulte plutôt d’une meilleure collecte des impôts déjà existants. Le pays a déployé le système ASYCUDA World pour moderniser ses douanes. Il a également introduit des timbres fiscaux numériques et un marquage électronique des carburants. Par ailleurs, la taxation des revenus locatifs et la TVA se digitalisent progressivement. Ces réformes ont colmaté des brèches longtemps invisibles dans le système. Le pays a aussi mis en place des dispositifs de garantie des recettes pour les télécommunications. « Les recettes ont augmenté de plus de 100 % dans plusieurs secteurs », a précisé Seedy Keita.
Vers un système fiscal entièrement digitalisé
L’Autorité des recettes de Gambie prépare désormais un Système intégré d’administration fiscale. Cet outil permettra aux contribuables de déclarer et payer leurs impôts en ligne. Il réduira ainsi la charge administrative et limitera les risques d’erreur humaine. Concrètement, les contribuables pourront s’enregistrer, déclarer et régler leurs impôts sans se déplacer. Cette digitalisation complète marque une rupture avec les anciennes pratiques administratives, souvent lentes et coûteuses. Pour 2026, l’objectif grimpe à 27,5 milliards de dalasis, soit 374,3 millions de dollars. Ce chiffre illustre une ambition fiscale résolument tournée vers l’avenir.
Un satisfecit du FMI et de la Banque mondiale
Ce programme de mobilisation des ressources internes séduit aussi les institutions internationales. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont salué ces réformes structurelles. Cette reconnaissance est intervenue lors de la cinquième revue de la Facilité élargie de crédit. Elle confirme également la solidité de la Facilité pour la résilience et la durabilité. Ces validations internationales rassurent aussi les investisseurs étrangers sur la trajectoire budgétaire du pays. Elles renforcent la crédibilité de la Gambie sur les marchés financiers régionaux. Pour de nombreux États africains, la Gambie devient ainsi un laboratoire fiscal à observer de près.












































