En cette saison électorale 2025, les candidats aux législatives et locales n’ont qu’un mot à la bouche : décentralisation. Le terme est répété à chaque meeting, brandi comme un talisman, martelé comme une promesse salvatrice. Mais derrière le brouhaha des discours, une question s’impose : avons-nous vraiment franchi le cap de la décentralisation au Gabon, ou n’est-ce qu’un mirage politique ?
Les textes sont clairs. La Constitution consacre le Gabon comme un État unitaire décentralisé. Les lois organiques prévoient des conseils municipaux et départementaux dotés de compétences propres, d’un budget et d’une autonomie. En droit, nous avons bâti une maison.
Mais dans la réalité, la maison ressemble à un chantier abandonné.
Les délégations spéciales remplacent encore les conseils élus, preuve que l’État central garde la mainmise sur les collectivités.
Les compétences promises aux communes (voirie, marchés, écoles, gestion des déchets) sont restées dans les tiroirs des ministères.
Les finances locales sont maigres, dépendantes de dotations irrégulières et imprévisibles. Comment parler d’autonomie quand une mairie attend la bonne humeur de Libreville pour payer ses factures ?
La fonction publique locale reste une chimère : sans agents formés, sans ingénierie locale, comment construire une gouvernance de proximité ?
La décentralisation au Gabon est devenue un mot-valise que les politiques brandissent pour séduire l’électorat. Mais sur le terrain, les communes ressemblent à des enfants affamés qu’on nourrit à la cuillère, pendant que le plat principal reste sur la table de l’État central.
On nous promet une démocratie locale, mais ce qui est servi s’apparente à une centralisation déguisée. Les élus locaux sont souvent des figurants, sans moyens réels, réduits à quémander des subventions au lieu de gouverner.
Il est temps que les citoyens sortent de l’illusion et posent des questions concrètes :
Quels transferts réels et à quelle date ?
Quel montant garanti pour les collectivités chaque année ?
Quelle place pour la transparence et le contrôle citoyen ?
Car la décentralisation ne peut pas être une promesse vague. C’est une ingénierie de gouvernance, qui demande des actes : des décrets, des budgets, des compétences locales, et une volonté ferme de lâcher le contrôle.
Aujourd’hui, parler de décentralisation au Gabon, c’est comme parler d’un pont dont on a inauguré les piliers mais où personne n’a encore posé la chaussée. Les textes existent, mais la route reste impraticable. Et tant que les collectivités seront privées d’air budgétaire et institutionnel, elles resteront sous perfusion du pouvoir central.
La décentralisation ne doit pas être un slogan électoral ni une illusion d’optique. Elle doit être une révolution silencieuse mais réelle, qui rapproche l’État des citoyens et redonne vie aux territoires. Tant qu’on n’aura pas franchi ce pas, parler de décentralisation au Gabon restera une arnaque politique polie, un mot brillant pour masquer une réalité boiteuse.
Comme le dit un proverbe de Lambaréné : « On ne lave pas la tête d’un enfant sans lui mouiller les oreilles ». Autrement dit, on ne peut pas promettre la décentralisation sans en assumer les conséquences concrètes.
Par Darlyck Ornel Angwe










































