Sous le ciel fauve de Booué, chef-lieu du département de la Lopé, flotte un manteau de poussière plus tenace que les promesses politiques. C’est là, au cœur de l’Ogooué-Ivindo, que s’étale une richesse végétale exceptionnelle, léguée par une nature généreuse et exploitée par de nombreuses entreprises forestières. Pourtant, ce trésor vert semble ne jamais éclabousser les Bouésiens, qui peinent à apercevoir les retombées de cette manne sylvestre.
Booué est devenue l’illustration parfaite du paradoxe gabonais : une localité riche en ressources, mais pauvre en infrastructures. Les routes urbaines semblent issues d’un autre âge, les taxis sont aussi rares qu’un arc-en-ciel en saison sèche, et l’École du bois, jadis projet phare, est aujourd’hui un éléphant blanc – habité, ironie du sort, par de véritables pachydermes.
Les structures sanitaires survivent plus qu’elles ne fonctionnent. Les agents, dévoués mais démunis, improvisent avec des moyens précaires pour répondre aux besoins vitaux. Un nouveau bâtiment hospitalier, flambant neuf mais encore inactif, attend son souffle d’utilité. L’eau, elle, coule au compte-gouttes : à la cité Setrag, elle n’est accessible que deux heures par jour, entre 17h et 19h. Pendant ce temps, le majestueux fleuve Ogooué longe la ville, indifférent à la soif de ses habitants.
Depuis la visite du chef de l’État au sortir de l’effervescence des événements du 30 août 2023, un vent d’espoir avait soufflé. Mais il s’est vite dissipé, laissant place à un silence bureaucratique. Aujourd’hui, les habitants de Booué scrutent l’horizon, espérant que le président Brice Clotaire Oligui Nguema revienne, cette fois avec un projet concret et un brin de pragmatisme. Le nouveau commissariat en construction nourrit cet mince espoir : s’il peut sortir de terre, pourquoi pas les autres infrastructures ?
Le peuple de la Lopé ne demande pas la lune, seulement que l’histoire les considère. Après des années d’oubli, ils veulent croire à un avenir où la poussière laisse place au bitume, où les promesses ne s’évaporent pas avec le discours. Ils veulent enfin que la Lopé, méconnue mais précieuse, soit l’objet d’une attention durable avant que la poussière n’étouffe complètement leurs rêves.


























