Décédé ce samedi 27 février, le fondateur du ministère Jésus-Christ est la Réponse (JCR), Piébi Gaëtan, reçoit un hommage très mérité et surtout plein d’émotions de la part d’un frère à lui, le pasteur Philippe César Boutimba Dietha. Piébi Gaëtan était très respecté et il a énormément œuvré pour l’Eglise du Gabon.
Nous vous livrons sur cette tribune l’intégralité de son hommage.
Mon très cher Évangéliste,
L’africain déteste qu’on attribue à quelqu’un d’autre, la paternité de ce qui fait du bien aux populations. La querelle sur la vraie source du mouvement spirituel des années 1980 au Gabon, a commencé depuis ton adolescence, et ne finira probablement qu’au retour du Seigneur Jésus-Christ. Par bonheur, tu n’as jamais rien revendiqué pour ton propre compte. Parler de toi aujourd’hui est donc autant facile que difficile. Si je t’attribue un mérite que quelqu’un d’autre te conteste, je me ferai probablement sermonner. Mais rassure-toi, je ne causerai aucun conflit autours de ta personne. Ton départ inattendu plonge l’ensemble des chrétiens dans la stupeur. Personne n’a envie de se disputer.
Ton œuvre en milieu chrétien est immense. Mais très peu de gens la connaissent vraiment. Sauf erreur de ma part, tu as donné ton cœur au Seigneur Jésus-Christ en 1985. Tu avais alors 16 ans. Tout de suite, tu as utilisé la grande intelligence que Dieu t’a donnée, pour faire bouger les lignes à Bethanie. Sans imaginer l’impact à venir dans tous les milieux chrétiens. Le tout premier département sécurité au Gabon, c’est toi. Le tout premier département Organisation, c’est encore toi. Le tout premier département de vidéo cassettes, c’est toujours toi.
- Auparavant dans nos églises, le DÉPARTEMENT SÉCURITÉ n’existait pas. Nous avions, dimanche matin, quelques hommes et femmes qui surveillaient les bavards et les dormeurs. Personne ne les respectait vraiment. Quand ils s’approchaient d’une rangée avec des gourdins, tout le monde se mettait à sourire. Un jour tu as résolu de sortir ces gens-là du mépris. Tu leur as imposé des uniformes avec chemises, cravates et costumes. Subitement le regard des chrétiens changea. Et Plusieurs se portèrent volontaires pour rejoindre le DÉPARTEMENT SÉCURITÉ. Ça ne faisait que commencer.
Auparavant dans nos églises, les cérémonies communautaires étaient organisées au jour le jour. Tu corrigeas cela à partir du Centre d’Évangélisation Béthanie. En créant un comité hébergement. Un comité restauration. Un comité boissons. Un comité transports. Un comité décorations. Un comité nettoyages. Un comité protocole. Et un comité hôtesses. Tu les rassemblas tous dans un seul et unique département: le DÉPARTEMENT ORGANISATION, que certaines églises appellent aujourd’hui Cérémonies Fêtes et Loisirs, Grands Fora ou autres. Au fur et à mesure, les cérémonies de mariage furent abandonnées entre les mains des églises. Mais tes efforts ne furent pas copiés tout de suite. Il fallut que l’évangéliste Reinhard Bonnke, à l’époque missionnaire depuis 30 ans, arrive à Libreville en janvier 1992. Et que le ghanéen John Darku, son directeur de campagne pour tous les pays du golfe de Guinée, affiche publiquement la liste des 11 comités de leur organisation mondiale. Subitement, tous les départements que tu avais déjà créés à Béthanie, devinrent stratégiques dans toutes les églises du pays. Ton nom n’apparut jamais sur la liste des acclamés. Ce qui te convenait parfaitement.
- Auparavant, les cérémonies de mariage passaient sous silence dans tout le pays. Les seules qui faisaient le buzz étaient celles de la famille présidentielle et des membres du gouvernement. Quand nos parents se présentaient devant le maire ou devant le préfet, chaque futur conjoint débarquait comme un anonyme. Vêtu très simplement, et à l’Insu de sa propre famille. Après la célébration devant l’officier d’État-civil, Madame continuait à vivre avec son nom de jeune fille. Comme si rien d’extraordinaire ne lui était arrivé. C’est toi, Piébi Gaëtan, qui as commencé à changer tout ça. De façon très subtile, mais terriblement efficace.
Sans tapage ni vacarme, tu as introduit 4 cérémonies:
– la cérémonie traditionnelle avec la participation des deux familles et des amis du couple;
– la célébration familiale devant l’officier d’État-civil, suivie d’un tour de ville sous escorte policière;
– la bénédiction nuptiale avec un groupe musical chrétien; et
– la soirée de réception dans la cour de l’Église, ou ailleurs selon les moyens de chacun.
C’est alors que nos familles, très réfractaires à ces nouvelles églises qualifiées de sectes, ont commencé à changer d’opinion. Là encore, personne n’a jamais su la source de ce changement progressif.
- Auparavant les bénédictions nuptiales se faisaient samedi matin à la terrasse du pasteur, à l’insu de la congrégation, et en l’absence des familles des conjoints. La procédure était très simple. Les membres du conseil paroissial arrivaient simplement vêtus, avec quelques baguettes de pain et un seau de beurre pour faire les sandwiches. Un diacre apportait aussi un casier de 24 « petits coca ». Le pasteur et ses collaborateurs chantaient quelques chants de victoire. Puis le serviteur de Dieu donnait l’exhortation. Ensuite les conjoints recevaient la bénédiction nuptiale. Chacun prenait son morceau de pain et son verre de coca. Et tout le monde rentrait chez soi. Le lendemain à l’Église, le pasteur annonçait ce qui s’était produit la veille. Et l’assemblée rendait grâce à Dieu.
Au fur et à mesure, les choses commençaient déjà à changer un peu partout, mais c’est toi, Piébi Gaëtan, qui accéléra la cadence. Tu sortis la bénédiction nuptiale du domicile pastoral, pour l’installer définitivement au Temple du Seigneur Jésus-Christ. Depuis lors, les époux se disent oui devant l’assemblée. Subitement le concubinage se trouva en danger de mort. On encourageait publiquement les chrétiens à « régulariser leurs situations ». Des unions libres de 30 ans se conformèrent à la Parole de Dieu. En même temps une autre structure apparut dans nos congrégations: le DÉPARTEMENT FAMILLES.
- Malheureusement, ton œuvre fut pervertie par notre négligence. Et par les pollutions cinématographiques dans les maisons. Au lieu d’honorer les familles comme tu voulais, les gens ont transformé tes innovations en compétitions. La crainte de Dieu et le respect du sacré ont profondément diminué. Aujourd’hui chacun veut surtout MONTRER SA JOIE à son prochain. Les reportages photos et vidéos ne restent plus jamais dans l’intimité familiale. Ils ont envahi les réseaux sociaux. Même les nouveau-nés sont devenus des peoples. Nous avons introduit la légèreté dans une affaire sacrée devant Dieu.
Jamais je n’ai vu un mariage que tu as organisé de tes propres mains, faire le buzz sur Facebook. Nous sommes allés très au-delà de ton projet social. Nous avons quitté la maturité chrétienne pour sombrer dans le bizness culturel. Ton cœur en a forcément été attristé. Tu pleurais certainement en secret, devant le Seigneur Jésus-Christ.
Les plus anciens d’entre nous savaient que tu es l’initiateur de cette grande réforme. Quand les choses ont dérapé, nous ne t’avons jamais sollicité pour remettre les pendules à l’heure. Était-ce par orgueil, par oubli, par mépris ou par négligence? Dieu seul connaît nos vraies motivations. Mais aujourd’hui que tu es parti, nous sommes obligés de regretter cette attitude.
- Auparavant les cassettes d’enseignement biblique venaient d’ailleurs. Le pasteur Jean Louis Jayet, et le couple missionnaire Samuel et Dorothée Hatzakortzian, envoyaient chacun un audio mensuel depuis la France, à tous leurs partenaires à travers la francophonie. Le Révérend Rajah de Paris utilisait les éditions Parole de Foi pour faire la même chose. Une organisation suisse appelée TÉLÉ VIDÉO PRODUCTION, partageait les vidéos de Paul Yonggi Cho, Reinhard Bonnke, Pierre Truschel et autres. En Côte d’Ivoire, le Centre Évangélique des Publications ELWA, diffusait les audios du pasteur Dion Robert, et les prédications de l’évangéliste zaïrois, Makanzu Mavumilusa.
Et puis un jour, Jean Louis Jayet, le couple Hatzakortzian et le Révérend Rajoah n’envoyèrent plus rien. Quelques temps après, les éditions ELWA arrêtèrent aussi. Toute l’Afrique francophone redevint silencieuse Toi Piébi Gaëtan, tu osas quelque chose. Tu enregistras toutes les prédications qui te tombaient sous la main, en audio et en vidéo. Voyant que personne ne semblait te suivre, tu montras l’exemple, en produisant massivement tes propres audios et vidéos. Chaque fois que tu voyageais à l’étranger ou à l’intérieur du pays, une valise de CD et de DVD ne manquait jamais. C’est ainsi que tu payais tes propres charges, sans mettre la pression sur les églises qui te recevaient.
À chaque fois tu as innové, sans jamais imposer ton propre nom. Tu transformais nos mentalités sans bruit. Et nous ne t’avons jamais dit merci. Jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à ton départ. Pardon.
Philippe César Boutimba Dietha











































